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BOREL D'HAUTERIVE : Histoire des armoiries des Villes de France

Armoiries, armes, blason, écu: dessin réalisé avec Euralsuite.
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PARIS

ARMES: de gueules, au navire équipé d'argent, sur une onde du même, au chef cousu d'azur, semé de fleurs de lis d'or.

Jules César dit dans ses Commentaires que les Parisii qui occupaient le pays compris entre les territoires de Senlis, Meaux, Sens et Chartres, fondèrent une petite ville (oppidum) dans une île de la Seine. Telle est l'origine que l'histoire assigne à Paris, appelée alors Lutèce.
Dès les premiers temps de son existence cette ville se livra au commerce de la navigation, car sous le règne de Tibère les matelots parisiens, nautae parisiaci, élevèrent dans l'île de la Cité, à l'empereur Tibère, un autel que l'on a retrouvé lors des fouilles faites dans le choeur de l'église de Notre-Dame, en 1711. Un des bas-reliefs de ce monument représente les mariniers marchant en corps et précédés par des druides, ce qui donne à penser qu'ils avaient dès lors une grande part dans l'administration municipale.

La ville de Paris, admirablement située au-dessous du confluent de la Seine et de la Marne, paraît avoir conservé au moyen âge toute l'importance de son commerce par eau, malgré l'invasion de l'empire romain par les barbares et les incursions des pirates normands. En effet, nous retrouvons dès le dixième siècle, à la tête du gouvernement de la cité, la corporation de la marchandise de l'eau, qui précéda l'échevinage dans la direction des affaires.
Beaucoup d'historiens prétendent que l'emblème de la ville de Paris était de toute antiquité un vaisseau. Il serait impossible cependant de citer à l'appui de cette opinion d'autre argument que l'inscription de l'autel de Tibère, sur laquelle il est question des mariniers parisiens, sans qu'on y eût figuré toutefois aucun navire. Les monuments et les anciennes monnaies ne nous présentent pas la moindre trace de vaisseau.
Dans son langage poétique, l'auteur de Notre-Dame de Paris dit que la Cité semblait un navire échoué, dont la proue, légèrement relevée, était tournée contre le courant du fleuve. Il voudrait en induire que ce fut le motif du choix des armes de la ville; mais c'est plus brillant que sérieux.
Le P. Ménétrier répète, d'après dom Félibien et d'autres auteurs, que le navire était le symbole adopté de temps immémorial par la corporation de la marchandise de l'eau de Paris, et que les armoiries de cette ville, c'est-à-dire le vaisseau et le chef fleurdelisé, lui avaient été concédées par Philippe-Auguste, en 1190.
M. Leroux de Lincy, dans son histoire de l'Hôtel de Ville, dit qu'à partir du douzième siècle la communauté des bourgeois marchands de l'eau de Paris a joui du droit de revêtir ses actes d'un sceau particulier. Il cite à l'appui de son assertion un titre tiré de la collection des Archives du royaume. C'est un chirographe contenant un accord entre les marchands de Paris et ceux de Rouen au sujet de la vente du sel en grève. Le sceau, de forme ovale et en cire jaune, est appendu sur double queue de parchemin, et représente un bateau antique avec un mât soutenu par trois cordages. C'était la navée alors en usage. La légende est ainsi conçue: SIGILLUM (MERC) ATORUM AQUAE PARISIUS. Mais rien n'indique qu'il faille rapporter aux dernières années du douzième siècle, comme l'a fait M. Leroux de Lincy, ce titre et ce sceau, dont tous les caractères semblent au contraire appartenir au treizième. L'historien de l'Hôtel de Ville l'a écrite sans doute sous la préoccupation de la date de 1190 donnée par le P. Ménétrier. Nous ferons remarquer en outre qu'on n'aperçoit pas la moindre trace de fleurs de lis sur ce sceau, qui est celui des marchands de l'eau et non celui de la ville.
Le second des sceaux parisiens qu'il a été possible de retrouver est en cire rouge et appendu sur double queue de parchemin à une charte relative au collège de Me Gervais, du 20 avril 1366. C'est réellement cette fois le sceau de la ville de Paris. Il représente un vaisseau équipé, c'est-à-dire avec ses voiles et cordages. Son pavillon est une voile latine, chargée de trois fleurs de lis.
Un ensaisinement de la vente d'une maison faite au collège de Bourgogne par un écrivain libraire de Paris, le 12 octobre 1412, nous offre le troisième sceau connu. Outre les trois fleurs de lis de la grande voile, on en distingue encore deux, l'une au-dessus de la proue, l'autre au-dessus de la poupe.
La collection des Archives fournit encore plusieurs autres modèles du sceau de Paris, qui nous font connaître les diverses transformations qu'il a subies. En 1416, le champ parait semé de fleurs de lis, en 1426, il y a une tour sur l'avant et une sur l'arrière. Enfin, en 1472, on aperçoit distinctement un chef semé de fleurs de lis. Depuis cette dernière époque, les armoiries de la ville de Paris n'offrent plus d'autres changements que les modifications apportées dans la forme du vaisseau.
La première fois que nous trouvons une description officielle du blason de Paris, c'est lorsque d'Hozier l'enregistra dans l'Armorial général en exécution de l'édit de 1696. Il le décrivit comme nous l'avons donné en tête de cet article.
Le rouge du fond de l'écu et le bleu du chef formaient les couleurs de la commune, auxquelles les vainqueurs de la Bastille ajoutèrent, en 1789, le blanc, couleur du roi, pour en former la cocarde et le drapeau de la garde nationale.
Sous l'Empire, les fleurs de lis du chef furent remplacées par des abeilles. La proue du vaisseau portait une Isis, assise, d'argent, et était adextrée d'une étoile du même.
Le 20 décembre 1817, Louis XVIII confirma par lettres patentes à la ville de Paris les armes qui avaient été officiellement concédées et enregistrées par d'Hozier, en 1698.
M. Leroux de Lincy cite textuellement les lettres du roi; mais il semble ignorer en quelle circonstance le premier enregistrement avait eu lieu.
Ainsi rétablies, les fleurs de lis disparurent de nouveau en 1830, et le chef de l'écu de Paris fut chargé tantôt d'étoiles, tantôt d'un tiercé en pal aux trois couleurs.
La manière dont on blasonne les armoiries de la ville de Paris offre peu de variantes importantes. On supprime ordinairement le mot cousu, qui signifie en blason que le champ et le chef sont tous deux de couleur ou tous deux de métal. Au lieu de vaisseau équipé, quelques-uns, comme le P. Menestrier, disent habillé, ce qui est un terme moins propre. Il y en a qui se servent de l'expression flottant sur une mer; le fleuve de la Seine a des ondes, mais ce n'est pas une mer.

Histoire

Une peuplade gauloise, celle des Parisii, avait pour siège, sous le nom de Lutèce, l'île de la Seine que nous nommons aujourd'hui l'île de la Cité ; elle occupait aussi sans doute, le sommet de la colline de Montmartre, au nord, et de la colline du sud, qui est maintenant la montagne Sainte-Geneviève. La tribu devait être considérable si l'on en juge la résistance désespérée qu'elle opposa à Labiénus, lieutenant de César (52 av. J.C.), sous la conduite du vaillant Camulogène. Les conquérants se fixèrent aussitôt à Lutèce et restaurèrent son activité commerciale, dont la navigation devait être le principal élément. Paris était donc dans une condition très prospère lorsqu'au milieu du Vème siècle les barbares, conduit par Attila menacèrent de la détruire. Une jeune fille, Geneviève, ranima le courage des Parisiens et détourna le fléau. Les rois carolingiens résidèrent peu à Paris et l'abandonnèrent à ses propres forces pendant les invasions normandes du IXème siècle. La ville fut presque complètement détruire ; du moins la vaillance de ses habitants sauva l'honneur (886). C'est Paris qui par ses comtes devenus ducs, a fourni à la France la dynastie capétienne : Hugues Capet est leur descendant direct. Désormais, la ville devint sans conteste la capitale du royaume. Les guerres étrangères et civiles qui occupèrent la majeur partie des XIVème et XVème et XVIème siècles ne nuisirent pas autant qu'on pouvait le craindre à l'accroissement de la capitale. Le règne de Charles VI est l'un des plus déplorable dans les annales parisienne. Après l'insurrection des Maillotins, la ville fut encore ensanglantée par la lutte entre Armagnacs et Bourguignons. La trahison de Perrinet Leclerc livra Paris en 1418 aux Bourguignons, alliés aux Anglais, et, peu après la capitale de la France devint aussi celle des rois d'Angleterre Henri V et Henri VI. C'est en vain qu'en 1429 Jeanne d'Arc vint y mettre le siège. Charles VII ne put rentrer dans sa bonne, mais infidèle ville qu'en 1436. Le XVIème siècle eût été pour Paris une période de prospérité incomparable, s'il n'avait été incessamment troublé par les guerres religieuses, entravant cette magnifique impulsion que la renaissance donnait aux arts et aux lettres. François 1er fonda le Collège de France. Le règne des successeurs de François 1er n'est qu'un long drame sanglant, dont Paris fournit presque toujours la scène. Qu'il suffise de rappeler la Saint-Barthélemy, la journée des Barricades, l'organisation de la Ligue avec les curés de la capitale et ses seize quarteniers pour chefs, l'assassinat de Henri III, à Saint-Cloud, en enfin le siège épouvantable près de quatre ans contre Henri IV. De 1648 à 1652, pendant la Fronde, beaucoup de sang fut versé dans les rues de Paris et tout alentour. Louis XIV en garda rancune à la capitale, car il n'y voulut jamais résider. Au temps de Louis XV la construction de l'école de droit, la nouvelle église Sainte-Geneviève (Panthéon), de la Madeleine, la place de la Concorde...La Révolution vit s'achever l'enceinte dite "des Fermiers généraux" qui avait été commencé sous Louis XVI, et dont le circuit correspond à ce qu'on appelle aujourd'hui les boulevards extérieurs.